126, c’est le nombre de jupes vendues dans le rayon masculin d’une grande enseigne française en 2023. Pour la majorité des acheteurs assignés hommes à la naissance, ce vêtement reste invisible, relégué aux marges ou aux collections dites « non genrées ». Pourtant, l’industrie de la mode enregistre depuis 2021 une progression à deux chiffres sur ces lignes hybrides, et certains établissements scolaires ouvrent la porte, du bout des lèvres, à la liberté du vestiaire.
La jupe, levier d’émancipation hors des sentiers battus
La jupe s’affirme désormais comme un véritable étendard contre les normes de genre. Jadis réservée à l’univers féminin, elle s’impose dans la rue, les défilés et sur les réseaux, brouillant les pistes du masculin et du féminin. Bien plus qu’un accessoire, elle devient le symbole d’une expression de genre qui rejette la case imposée et revendique le choix, la marge, l’autonomie.
Dans les défilés comme au quotidien, la jupe s’affranchit des étiquettes. On la voit portée par des personnes non binaires, mais aussi par des hommes et des femmes qui souhaitent affirmer une identité de genre qui leur ressemble. Passer une jupe aujourd’hui, c’est s’opposer à la distribution arbitraire des vêtements par genre, c’est rappeler que la frontière entre les vestiaires ne tient qu’à l’habitude, jamais à la nécessité.
La mode ne fait pas que refléter la société : elle la bouscule. Chaque apparition publique d’une personne masculine ou non binaire en jupe fissure un peu plus les stéréotypes de genre et redessine nos représentations. Grâce aux réseaux sociaux, celles et ceux qui tentent l’expérience partagent leurs histoires, inspirent, questionnent les préjugés et alimentent ce mouvement.
Voici quelques façons concrètes dont la jupe contribue à faire bouger les lignes :
- Affirmation d’une identité de genre fluide ou non conforme
- Réappropriation des vêtements comme outils de liberté d’expression
- Déconstruction des frontières masculin/féminin
Pour beaucoup, la jupe devient un espace d’expérimentation, un terrain pour se retrouver enfin soi-même, sans avoir à se plier aux regards ou aux codes qui ne leur correspondent plus.
La mode non genrée : un souffle nouveau pour les personnes non binaires
La mode non genrée fonctionne comme une bouffée d’air dans un univers trop souvent compartimenté. Pour nombre de personnes non binaires, c’est l’opportunité de se libérer de l’injonction à choisir entre deux options préfabriquées. S’habiller sans tenir compte d’une étiquette « homme » ou « femme », c’est revendiquer une expression de genre singulière, soustraite à la validation sociale.
Les créateurs s’en saisissent, les marques s’adaptent : l’offre s’étoffe, le vocabulaire vestimentaire s’élargit. Désormais, la jupe, le pantalon, la chemise ou le tailleur s’adressent à toutes les identités sans distinction. Cette évolution répond à une attente forte : pouvoir se montrer tel·le qu’on est, gagner en bien-être, limiter la discrimination ordinaire.
Sur le plan psychique, le bénéfice est réel. Plusieurs études récentes le confirment : avoir la possibilité d’exprimer son identité sans contrainte améliore le bien-être et favorise l’inclusion. La mode non genrée devient alors un levier concret pour accompagner la transition, dépasser les stigmates, se sentir légitime dans l’espace social.
Voici ce que permet concrètement le développement de la mode non binaire :
- Affirmation d’une non-binarité assumée
- Réduction des situations de discrimination au quotidien
- Recherche d’une esthétique adaptée à la fluidité des genres
Le vestiaire se réinvente, les barrières tombent. La mode s’ouvre, enfin, à la diversité des vécus et à une liberté d’expression longtemps laissée de côté.
Tendances 2024 : matières, coupes et inspirations pour une garde-robe inclusive
La garde-robe inclusive mélange les influences et les références. Les créateurs privilégient des vêtements unisexes, pensés pour s’adapter à toutes les morphologies et accompagner chaque expression de genre. Les incontournables du moment ? Chemises oversize, jupes fluides, tailleurs à la coupe droite. Les couleurs neutres, beige, gris, bleu nuit, dominent, dessinant une esthétique en dehors des clivages habituels.
Le choix des matières n’est pas anodin : lin, coton bio, laine mérinos ou fibres recyclées permettent d’allier confort et adaptabilité. Les chaussures non genrées gagnent du terrain, avec des lignes épurées, inspirées tantôt du sportswear, tantôt du formel. La mode genderfluid s’amuse avec les volumes, les superpositions, les jeux de textures, puisant dans les codes du tailoring, du streetwear, du vintage.
Sur les réseaux sociaux, la communauté genderfluid compare, conseille, interpelle l’industrie. Les jeunes marques innovent, tandis que les grandes maisons s’adaptent timidement, lançant quelques collections genderfluid. Mais la généralisation reste à conquérir.
Voici les tendances qui dessinent aujourd’hui la mode inclusive :
- Prédominance des vêtements neutres et adaptables
- Mise en avant du confort et des matières responsables
- Inspirations multiples : streetwear, tailoring, vintage
Ce renouvellement, encore fragile, ouvre de nouvelles perspectives à celles et ceux qui veulent sortir de la case. Face à ces évolutions, l’industrie se voit poussée à repenser chaque étape : conception, fabrication, communication.
Oser la jupe, affirmer sa singularité : conseils pour franchir le pas avec confiance
Exprimer son identité de genre à travers la jupe commence par une écoute de soi. Rien ne justifie de renoncer à sa liberté d’expression vestimentaire. La jupe, symbole de la remise en question des frontières masculin-féminin, permet à chacun·e de matérialiser son propre rapport au genre, sans se plier aux attentes.
Pour limiter le poids des regards ou des critiques, il est judicieux de miser sur des associations naturelles. Par exemple : une jupe droite, une chemise sobre, des baskets neutres. Certaines personnes aiment superposer : jupe sur pantalon, veste ample, jeu de matières. L’idée n’est pas de se cacher, mais de composer un style en accord avec soi-même.
Quelques conseils concrets pour franchir le cap :
- Commencez avec des coupes universelles, des matières confortables
- Adaptez la longueur à votre aisance et à l’environnement
- Privilégiez les couleurs qui résonnent avec votre humeur, sans vous soucier des conventions
Les situations de discrimination restent fréquentes, l’oppression n’a pas disparu. Mais chaque sortie en jupe contribue à rendre visible d’autres possibles. La banalisation passe par l’expérience, l’échange, le soutien. Discuter avec d’autres concerné·es, partager ses doutes et ses réussites, c’est aussi avancer ensemble, prendre confiance et faire bouger les lignes. Chacun·e dessine peu à peu son propre horizon vestimentaire.

