9ème art : définition, origines et importance dans la culture française

16 janvier 2026

Homme français lisant une bande dessinée dans une bibliothèque

1964. Un chiffre qui ne dit rien à la plupart, mais qui marque une rupture discrète dans l’histoire de l’art français. Cette année-là, la bande dessinée décroche enfin un nom officiel dans la presse hexagonale : « neuvième art ». Tout arrive avec retard, surtout lorsqu’il s’agit de bousculer une hiérarchie d’arts installée depuis des siècles. Les huit premiers arts savourent leur légitimité pendant que la BD rame en coulisses, ignorée par l’institution malgré l’enthousiasme populaire et des records de ventes fracassants. Entre littérature et arts graphiques, ce médium hybride dérange autant qu’il fascine, attisant débats et prises de bec dans les milieux intellectuels.

Le 9ème art, une expression singulière de la culture française

En France, le neuvième art occupe une place à part, loin de se limiter à du simple loisir. La bande dessinée s’est imposée comme un langage unique, osant raconter, dénoncer, faire ressentir tout un éventail d’émotions. Dès les années 1960, Paris, foyer des avant-gardes, voit émerger une génération d’artistes et de critiques décidés à défendre la légitimité culturelle du neuvième art face aux disciplines jugées plus « nobles » comme la peinture ou la musique.

Le lancement du festival d’Angoulême en 1974 change la donne. Cette manifestation annuelle propulse la bande dessinée sous les projecteurs et attire auteurs, éditeurs, chercheurs, et un public grandissant. La première édition, encore modeste, affiche pourtant une ambition claire : placer la BD au rang des arts contemporains. Désormais, le festival s’est fait une place d’institution, révélant une vitalité et une diversité qui font la fierté du secteur en France.

Écoles spécialisées, maisons d’édition dynamiques, librairies dédiées : l’Hexagone est devenu un véritable terreau pour la création graphique. Les pouvoirs publics, conscients de l’influence du neuvième art, multiplient les dispositifs pour encourager la production et la diffusion de la BD, à travers expositions, résidences d’auteurs et subventions. Longtemps reléguée à la marge, la bande dessinée s’invite désormais dans les musées, dialogue avec d’autres disciplines artistiques, et s’ouvre bien au-delà des frontières nationales.

Aux origines de la bande dessinée : influences et évolutions

La bande dessinée moderne prend racine au xixe siècle, à la croisée de l’illustration et de la narration. Dès 1833, Rodolphe Töpffer pose les bases du genre avec son album Histoire de M. Jabot, publié à Genève. Il inaugure une forme nouvelle où texte et image se répondent, ouvrant la voie à tout un pan de création. Très vite, ces premiers albums essaiment en Europe, séduisant un public bien plus large que les seuls amateurs de littérature.

La fin du siècle voit surgir le Yellow Kid aux États-Unis, figure emblématique considérée par de nombreux chercheurs comme la première BD publiée en série dans un journal. Un moment charnière, où se croisent influences américaines et européennes : la culture populaire s’empare des codes du dessin satirique et du feuilleton illustré. À cette époque, la presse joue un rôle moteur dans la diffusion des récits graphiques, tandis que les progrès de l’impression démocratisent l’accès au livre illustré.

En France, des spécialistes comme Thierry Groensteen éclairent les origines et les ressorts de la bande dessinée, mettant en lumière ses liens avec l’art du XIXe siècle et le roman. Les tout premiers albums dessinés s’invitent dans les rayons des bibliothèques, témoins d’un médium en mutation permanente. Caricature, feuilleton, dessin de presse : autant de sources qui forgent durablement l’identité de la BD, devenue un objet culturel à part entière dès les débuts du XXe siècle.

Pourquoi la BD occupe une place à part dans la société française ?

La légitimité de la bande dessinée n’a pas été acquise d’emblée. En France, l’album dessiné s’est hissé au rang de bien culturel reconnu, porté par l’énergie de ses auteurs et la curiosité persistante de ses lecteurs. La bande dessinée a investi librairies, écoles, bibliothèques, traversant les générations sans perdre de son élan. Les albums s’écoulent désormais à des millions d’exemplaires chaque année, rivalisant sans peine avec les romans ou les essais.

Cette reconnaissance dépasse la sphère de l’édition. Les politiques publiques soutiennent activement la création, en accompagnant les auteurs et en valorisant la diversité des œuvres. Le festival d’Angoulême, point d’orgue chaque hiver, rassemble à Paris et dans d’autres villes des milliers de lecteurs, professionnels, critiques venus saluer la créativité sans cesse renouvelée du neuvième art. De nombreux auteurs devenus incontournables, comme Jochen Gerner, Thierry Groensteen ou Sylvain Lesage, participent activement à la réflexion sur la place de la BD dans la culture.

Si la bande dessinée séduit toujours autant, c’est aussi parce qu’elle s’ancre dans la réalité et aborde des thèmes de société. Satire, chronique sociale, témoignage historique, expérimentation graphique : le médium s’est affranchi des formats, produisant des séries jeunesse mais aussi des œuvres adultes qui interrogent le monde actuel. Cette diversité d’écriture conforte la BD dans son rôle de miroir et de moteur du débat public, à la croisée de l’art et de l’engagement.

De la marginalité à la reconnaissance : l’essor du 9ème art dans l’Hexagone

Après avoir longtemps été reléguée dans l’ombre, la bande dessinée a franchi un cap. D’objet de divertissement, elle est devenue une expression artistique majeure en France. Le passage du noir et blanc à la couleur, l’élargissement des thématiques, l’arrivée d’auteurs libérés des carcans traditionnels : ces évolutions marquent autant d’étapes vers la reconnaissance du neuvième art comme élément phare du patrimoine culturel.

Les décennies passent, les albums se multiplient. Des noms comme Claude Moliterni ou Alain Saint-Ogan émergent, porteurs d’une vision audacieuse du médium. La création d’événements tels que le festival d’Angoulême dans les années 1970 fait figure de catalyseur. Dès le départ, cette manifestation fédère toute la filière de l’édition et met en lumière le travail des auteurs, tout en tissant des liens avec d’autres formes d’art contemporain.

Voici trois leviers majeurs qui ont contribué à ce changement de statut :

  • L’essor du secteur éditorial et la multiplication des publications
  • La professionnalisation des auteurs et l’explosion de la diversité des genres
  • L’intégration de la technologie et l’ouverture à l’expérimentation graphique

Aujourd’hui, la bande dessinée ne se contente plus de divertir. Elle questionne, interpelle, accompagne les mutations de la société et touche un public toujours plus large. Les albums voyagent au-delà des frontières françaises, affirmant le neuvième art comme l’un des marqueurs singuliers de la culture nationale. S’il fallait une preuve de la vitalité du genre, il suffirait d’observer l’engouement qui ne faiblit pas, année après année, sur les rayons des libraires ou lors des grands rendez-vous du secteur. La BD trace sa route, indocile, inventive, et n’a pas fini de surprendre.

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