La Pléiade est une référence, un outil de travail et un objet de collection. Le même soin est apporté à la fabrication des ouvrages depuis 1931.
« Ça n’a pas changé », voilà ce que diraient Schiffrin (1) et Gide en caressant aujourd’hui les 535 titres de La Pléiade. Quant à l’appareil critique impressionnant qui figure dorénavant dans chaque livre, nul doute qu’ils l’apprécieraient.
Inchangés depuis 76 ans : le papier bible chamois, le caractère, Garamond corps 9, la reliure en peau, la dorure à l’or et le format (11,5x17 cm). Si l’édition de ces livres demande un investissement considérable, entre 4 et 10 ans de travail, côté fabrication, on découvre une exigence digne des plus grandes marques de luxe.
Fabriqué par les papeteries du Léman à Thonon-les-Bains, le papier bible de 36 grammes est livré à Normandie Roto à Lonrai, au nord d’Alençon, qui imprime la plupart des ouvrages de La Pléiade. Mais pourquoi diable imprimer sur du 36 g, un papier qui froisse, se plie pour un rien, avec une gâche (papier perdu) de 15 %, deux fois supérieure à la moyenne ? « Tout simplement parce qu’en diminuant le grammage, on diminue la taille des grosses contextures (nombre de pages) », explique Patrick Monteigueiro, directeur de cette imprimerie spécialisée en papier fin (moins de 30 g). Ainsi cette Bible de 2 500 pages qui tient dans la main. D’où le nom du papier. Ou les 2 304 pages des œuvres romanesques de Sartre, n°295 dans la Pléiade, en un seul volume, le plus gros de la collection.
17 points de contrôle
La reliure, la moitié du prix de revient d’un livre, est réalisée depuis le début par les ateliers Babouot, à Lagny. Tous les ans, ils reçoivent 35 000 m2 de peau tannée de compatissants 45 000 moutons néo-zélandais. Roulés sur un mandrin, rangés par couleur (2), 920 formats sont découpés au cutter. 17 points de contrôle, pas moins. À la taqueuse qui aligne les cahiers en 16 ou 32 pages (la refente) jusqu’aux plieuses mécaniques des années 50 : « Toujours pas trouvé de machines plus modernes pour ce type de grammage », confie Michel Jeandel, responsable du site.
Impressionnante est la visite du magasin où reposent les signatures (cahiers) des ouvrages de La Pléiade. Des briques et palettes de Bossuet, de Kafka, la « Comédie humaine »… Plus de 500 titres qui attendent d’être reliés suivant la demande. Car malgré les contraintes et les coûts, La Pléiade sort 350 000 exemplaires par an (15 % du CA de Gallimard), 50 à 60 réimpressions et 11 nouveautés.
Les amoureux de La Pléiade attendent aussi. Quel sera le prochain auteur « pléiadé » ? Ernst Jünger, Claude Lévi-Strauss, Samuel Beckett ? On attend. Avec la même impatience que le sultan des Mille et Une Nuits pour la suite du récit de Shahrâzâd (3)…
(1) Le créateur de La Pléiade en 1931. Gide insista pour que Gallimard rachète la collection en 1935.
(2) À chaque couleur, un siècle ou un genre. Vert antique pour l’Antiquité, violet pour le Moyen-âge, corinthe pour le 16e siècle, rouge pour le 17e, bleu pour le 18e, vert émeraude pour le 19e, et havane pour le 20e. Enfin rouge de Chine pour l’anthologie de la poésie, et gris pour la religion.
(3) « Les Mille et Une Nuits ». Trois volumes de La Pléiade, sous coffret illustré, 185 euros.
1. Ecrit par
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, le 2008-02-13 20:54:23 Vous citez comme prochains auteurs pléiadisés possibles Junger et Levi-Strauss, il se trouve que ce sont justement les deux nouveaux de ce printemps... Le nom de Beckett, que vous ajoutez serait un scoop énorme, depuis le temps que les éditions de minuit refusent de faire cette fleur à Gallimard ! Avez-vous des sources secrètes? | |